Les Humanoïdes Associés : Houston, on a un problème (financier)

Quand la science-fiction rencontre la finance-fiction

Ah, Les Humanoïdes Associés… Cette maison d’édition mythique fondée en 1974 par Mœbius, Philippe Druillet, Jean-Pierre Dionnet et Bernard Farkas, qui nous a fait rêver avec Métal hurlant et des séries cultes. Eh bien, en 2025, c’est pas la fête : triple faillite au compteur ! Une liquidation judiciaire en France le 10 juillet, puis deux autres aux États-Unis le 13 octobre. C’est ce qu’on appelle faire les choses en grand.

D’après la cour des faillites du Delaware, Humanoids Corp affichait fin novembre 2025 des créances de 18 millions de dollars (15,2 millions d’euros) pour… zéro actif. Oui, vous avez bien lu. Comment en arrive-t-on là ? Accrochez-vous, ça devient corsé.

La galaxie Giger : plus opaque que l’espace intersidéral

Derrière ce naufrage intergalactique, on trouve Fabrice Giger et sa famille, qui ont orchestré une structure digne d’un scénario de Valérian. ActuaLitté nous révèle le montage : au sommet, la holding luxembourgeoise Humanoids Holding SARL, détenue majoritairement par Melissa Giger (la fille de Fabrice). Cette entité contrôlait 79,5% de la structure américaine, le reste appartenant à la société californienne Primer Entertainment.

Le problème ? Une gestion pour le moins… créative. Entre des paiements de prestataires après les délais négociés, des dettes qui s’accumulent et une comptabilité façon “boîte noire”, les signaux d’alerte clignotaient rouge depuis un moment.

L’astuce suisse : comment sauver les meubles (mais pas les salariés)

Juste avant le crash final, paf ! Une nouvelle société apparaît en Suisse : Humanoids Studios SA, créée le 9 octobre 2025. Le catalogue et les actifs ? Transférés là-bas illico presto. Pratique, non ?

Résultat : ActuaBD rapporte que six salariés ont été réembauchés par Fiction Labs, une boîte parisienne devenue prestataire de la nouvelle entité suisse. Traduction : exit les CDI français, bonjour les freelances ! Métal hurlant continue de paraître (ouf), mais dans une version “plus modeste et plus souple” – comprendre : avec moins de monde et plus de précarité.

La Boîte à Bulles : dommage collatéral

Et comme un malheur n’arrive jamais seul, La Boîte à Bulles – dont le groupe s’était rapproché en 2017 – se retrouve elle aussi dans la tourmente. Placée en procédure de sauvegarde le 3 juillet 2025, elle doit 620 000 dollars (environ 540 000 euros) à Vincent Henry, son fondateur, licencié en août 2025 avec deux autres salariés. Ambiance.

En septembre 2025, Henry avait reçu une proposition pour reprendre La Boîte à Bulles en… neuf jours, en échange d’une annulation de créance. Sans accès aux documents financiers nécessaires, impossible de valider. C’est ballot.

Aujourd’hui, La Boîte à Bulles est devenue Pictavita après une restructuration financière où la société de production audiovisuelle Sparkling SAS (présidée par… Fabrice Giger, tiens donc !) a transformé une créance en parts du capital. Vous suivez toujours ?

Les auteurs : les grands oubliés

Et pendant ce temps, qu’est-ce qui se passe pour les créateurs ? ComicsBlog soulève LA question qui fâche : les pigistes de Métal hurlant étaient payés par la structure américaine désormais liquidée. Les contrats d’auteurs, ils sont rattachés à quoi exactement ? La holding luxembourgeoise ? La société suisse ? Un satellite en orbite ?

Le gel total des affaires a laissé créanciers, auteurs et partenaires dans un magnifique flou artistique. Classe.

Le mot de la fin (ou plutôt de Giger)

Dans un e-mail du 17 octobre 2025, Fabrice Giger tente de rassurer : Métal hurlant reste “notre centre de gravité et notre laboratoire d’expérimentation”. Il évoque aussi “les conséquences d’une contraction importante” du marché de la BD en 2025.

Traduction libre : le marché va mal, donc on licencie, on transfère les actifs en Suisse, on laisse tomber les créanciers et on continue comme si de rien n’était. Ah, et pendant ce temps, les dettes de Fabrice Giger et de sa mère (496 000 dollars au total) sont sécurisées, contrairement à celles des autres créditeurs. Le juge américain a d’ailleurs tilté, mais bon…

Bilan

Une maison mythique qui a révélé Tardi, Bilal, Jodorowsky, qui nous a offert L’Incal, Les Cités obscures et tant d’autres chefs-d’œuvre… réduite à une coquille vide après des années de gestion hasardeuse. 18 salariés virés, des auteurs dans le flou, des créanciers grugés, mais la marque survit en Suisse.

C’est ça, la finance moderne : on coule, mais on refait surface ailleurs avec les mêmes actifs et moins d’emmerdes sociales. Bienvenue dans le capitalisme version Mad Max.

PS : Si vous cherchez une BD qui parle de la fin du monde, pas besoin d’aller loin – regardez juste comment on traite nos maisons d’édition légendaires.

 
Rédigé par
Du rab de Kad Avresky
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