Maria et Luc de Disto STUDIO

Maria Paloma Sanchez et Luc Anuszewski (je ne réécrirai pas leur nom, débrouillez vous !) sont les auteurs de Strascendance, un jeu de société mettant en scène la ville de Strasbourg et y projetant à notre époque l’histoire de l’épidémie de danse de 1518.
Evidemment, ils sont de Strasbourg et nous ont ouvert leur porte virtuellement pendant le confinement.
A l’inverse de l’équipe de L’encephalo, ils sont beaux, ils sont jeunes, ils sont créatifs et entreprenants.
On vous laisse les découvrir !

Est-ce qu’on peut se tutoyer ? Question conne, puisque vous êtes 2 !

Oui !

Oui c’est une question conne ? Ou oui on peut se tutoyer ?
Tout d’abord, comment allez-vous ? 

Très bien, on bossait déjà de chez nous. Donc le confinement  ne change pas grand-chose.

Pouvez-vous vous présenter auprès de nos lecteurs ?

Nous sommes architectes, diplômés de l’école de Strasbourg, c’est d’ailleurs là que nous nous sommes rencontrés. On a bossé un an en agence d’architecture.
Adorant le graphisme, nous faisions pas mal de concours autour de ça. On s’amusait à re-désigner des jeux comme Catane, on avait créé un Vegan Catane autour de l’agriculture avec des épiceries véganes. Monsanto était le brigand.

Vegan Catane

On a fait aussi un concours pour la 1ere et la 4ème de couverture pour un magazine espagnol d’art et de design (https://mariapalomasanchez.com/yorokobu) : un hommage au pixel art.

D’où vient le mot Strascendance ?

C’est un mélange de transcendance et Strasbourg. On voulait garder ce truc de Strasbourg parce qu’il y a l’importance de la ville, un côté très urbain.
En même temps on aimait ce jeu de mot de Strasbourg en danse et donc Strascendance, une des théories sur notre sujet est de dire que les danseurs fous de cette époque étaient dans une sorte de transe tout simplement.

Faire un jeu sur une épidémie étrange en cette période ? Félicitation !

C’est une vraie histoire, il y a beaucoup de mythologie autour de ça.
L’épidémie a eu lieu en 1518. Il y a de vraies traces écrites de ce qui s’est passé, mais ca été très amplifié. Il n’y a aucune preuve que des gens soient morts d’épuisement pendant cette épidémie. On estimera qu’il y aurait eu seulement une dizaine de personnes touchées

Comme on vit et travaille à Strasbourg, on voulait à la base faire une liaison ou une synthèse de tous les espaces de la ville de Strasbourg. D’ailleurs, le plateau représente la synthèse de cette ville. On voulait aussi un côté très ludique sur le jeu, que ça ne soit pas réservé au strasbourgeois, on trouvait ça trop exclusif. 

On connaissait cette histoire d’épidémie dansante qui est un peu connue dans la région. A une époque, il y avait une expo dans un musée près de la cathédrale.
On trouvait le thème super insolite et surtout toute l’imagerie qui s’en dégage même s’il n’y a pas de représentation. On trouvait ça super intéressant. Elle est souvent associée à tout le visuel de la danse macabre qui est de la même époque que la renaissance.
C’était l’opportunité pour nous de créer une imagerie d’un fait qui n’a pas de représentation. Ça c’est vraiment la clé pour ajouter du ludique, pour que le jeu s’ouvre et ne soit pas réservé au Strasbourgeois. On a travaillé dans ce sens, on s’est pas mal renseigné, lu pas mal de documentations. On a aussi la chance de bosser avec Thomas Laurent qui est un vulgarisateur sur Youtube qui avait traité le sujet.

C’était super intéressant d’exploiter ce thème-là. En fin de compte, il y avait un peu l’idée de revisiter le jeu de zombie.  C’est un peu un jeu de survie avec des envahisseurs, et le thème permettaient d’aller dans un truc complètement délirant. On ne voulait surtout pas entrer dans le kitch et le pittoresque, pour casser justement l’image de maison à colombage, marché de noël, etc. On voulait vraiment donner une image actuelle de la ville en gardant ce côté gothique.
Et justement, le fait que le jeu soit en noir et blanc est une référence aux gravures de l’époque. Tout comme la typo qu’on a choisi qui est une typo morne et gothique.

Peux-tu nous parler du choix graphique ?

On fait pas mal d’illustrations en couleur sur différents styles graphiques pendant des années.
On n’est pas graphistes de profession, du coup, on ne peut pas faire un style très fourni ou extrêmement réaliste et figuratif. On a un style minimaliste, c’est aussi ça qui nous plait. On a fait les illustrations à deux donc ce n’est pas le style de l’un ou de l’autre. On s’est mis d’accord pour qu’on puisse le dessiner ensemble et que ça soit cohérent.

Pourquoi de l’autoédition ? Vous vous êtes fâchés avec tous les éditeurs ?

A la base, quand on a créé Strascendance, on avait même pas prévu de le montrer au public et encore moins de le vendre. C’était quelque chose comme Vegan Catane. C’était juste pour nous.

On a fait nos dessins, notre page Facebook et tout d’un coup un journal de Strasbourg nous a relayés en créant un article dessus en expliquant qu’un jeu sur l’épidémie de danse allait bientôt sortir. Les gens commençaient à en parler et on s’est demandé quoi faire. Du coup, on s’est senti « obligé » de le montrer au public.

A Strasbourg, il y a juste une autre maison d’édition à part nous, c’est Multifaces édition. Du coup, on a commencé à réfléchir à notre propre auto édition parce qu’à la base, c’était un petit jeu très ciblé localement.
Cela permettait d’avoir la main sur l’ensemble du projet : illustration, auteur, matériel, etc. Et puis nous étions curieux de faire de l’édition, de voir tout le processus de création et d’édition du point zéro à la livraison : ça nous semblait super intéressant. Et au final, c’est assez similaire avec ce qu’on faisait déjà en architecture. On ne fait jamais la même chose, on est obligé d’être multitâche, c’est hyper enrichissant.

On a voulu poursuivre dans cette idée d’un point de vue éditorial. On avait l’idée d’univers et d’illustration spécifique d’où le Disto studio avec des univers distordus. Ce n’est pas forcément si facile que ça de le défendre auprès des éditeurs. Comme on a une vision très définie de nos jeux, autant les éditer.

On a testé le jeu au festival d’Orléans, au “Bretzel et des jeux” à Strasbourg aussi, on l’a testé à d’autres festivals, pas forcément de jeu comme le festival du film fantastique européens, dans des bars à jeux à Paris et Strasbourg et puis des associations de jeux aussi. Il fonctionnait bien.

C’est Thomas Laurent qui qui fait la voix off sur la vidéo de présentation de la campagne Ulule.
Pourquoi Ulule ?

La plateforme nous semblait plus adaptée puisqu’il y avait uniquement une version française de notre jeu.
On a conversé pas mal avec Yoann de SUBVERTI (https://fr.ulule.com/klimato/). Il nous avait fait pas mal de retour sur sa propre campagne. Ça nous avait bien motivés.
Après on n’exclut pas de faire de kickstarter par la suite, mais ça dépend du projet.

Et après ?

Pour l’instant on n’a pas encore de distributeur.  On fait éditer 500 boites de Strascendance, c’est un petit tirage. On les fait fabriquer en Espagne. Evidemment, la production est pour l’instant arrêtée. On va écouler le stock en septembre avec la campagne Ulule et se rapprocher des boutiques. Et si on le sent bien on refera un reprint.

Depuis on travaille sur un autre jeu qu’on a montré à Cannes qui s’appelle Dear Diary, on n’a pas dans l’idée de l’éditer mais on a été sélectionné sur le protolab du festival et du coup on a rencontré des éditeurs sur ce jeu pour le proposer.

Dear Diary

On travaille aussi sur un autre projet… plus secret. On n’est pas du tout l’auteur… on est en communication avec un illustrateur. Nous faisons juste le travail d’éditeur.

Économiquement ça ne tient pas tout seul, mais en continuant les deux activités auteur et éditeur, ça permet de contrebalancer. Le fait d’être éditeur nous permet de diversifier l’activité qu’on fait tout en restant dans le secteur du jeu. On voulait diversifier notre activité en faisant quelques missions freelance architecte.

Depuis le jeu est sorti en boutique, vous trouverez toute les infos ici : https://distostudio.com/Strascendance

Quel joueur es-tu ? Votre style de jeu ? 

On est plus gros jeux, on joue énormément à Scythe, Dead of Winter. Après on joue vraiment à tout et n’importe quoi : On last, The mind, Dany… On l’a découvert sur le tas, on trouvait super intéressant la direction artistique qui est prise. Il y a une vraie affiliation avec notre style graphique.

Acheter The Mind - Jeu de société - Nürnberger Spielkarten
Dany - Vin d'jeu
Vos jeux préférés ?
Acheter Root - Jeu de société - LederGames
  • Root, la direction artistique est super intéressante, on est très sensibles à l’univers proposé, ça nous parle beaucoup, par contre à 2, il est moins bien.
Scythe. La quintessence du 4X
  • Scythe, on y joue énormément. On a un vrai plaisir à y jouer pour toutes les possibilité qu’il offre en stratégie, tu n’auras jamais la même partie. Une fois que tu penses savoir comment déjouer la stratégie de quelqu’un, il peut retourner sa veste et tenter autre chose.
Jeu Gloom - Drimjouet
  • Gloom (moins pour Luc), c’est intéressant. Ceux sont des cartes transparentes qu’on superpose, c’est un jeu narratif où on doit raconter l’histoire des personnages qui doit être vie la plus triste avant de les tuer !

Avec Gloom, c’est comme dans tous les jeux de société, il faut faire gaffe avec qui tu joues, il y a des gens qui ne rentrent pas dans les univers, qui ne s’investissent pas. Il faut vraiment avoir le côté narration et se prendre à l’histoire.

Un souvenir vraiment marquant dans le monde ludique ? 
[Ils sont morts de rire…]

On était au festival a Strasbourg (des Bretzel et des jeux), on présentait pour la première fois Strascendance au public, donc forcément on avait la pression. C’était tout nouveau pour nous.
On était le seul proto parce qu’il n’y a pas de protozone à ce festival, seulement des éditeurs.
On était une petite table au milieu de tout le monde.
Premier jour de festival, c’est le matin. Et le matin, il n’y a pas grand monde, donc on attend. On n’avait jamais fait de festival en tant qu’auteur. Il y a personne qui vient de toute la matinée. Nous sommes un peu désespérés pensant s’être un peu fourvoyés…

Et là, il y a un allemand qui débarque, ça commence comme une mauvaise blague…

Aucune description de photo disponible.

Il regarde le jeu et commence à nous expliquer pourquoi personne ne vient. Sauf qu’il nous parle en allemand et nous ne le parlons pas du tout. Il fait un mélange un peu étrange pour nous expliquer que comme tout est en noir et blanc et que la pièce est un peu noire, en fait on ne voit pas le jeu. On comprend à moitié ce qu’il dit. D’un coup, Il commence à s’assoir et dessine des horoscopes. Il fait défiler ces horoscopes pour nous montrer comment on est censés bien faire des illustrations. Il est resté une heure et demie à nous les montrer !
On voulait être très courtois, on n’arrivait pas à le virer. Ça faisait une situation assez incroyable, ça n’avait pas de  sens ! Du coup le stand était plombé. C’était très particulier.

Cependant ça nous a changé un peu, mais ce n’est pas dû seulement à ce festival.

À la base on s’est rendu compte que les gens ne sont pas forcément sensibilisés au jeu ou au graphisme. C’est assez particulier car le marché du jeu est un marché qui s’ouvre, mais c’est aussi un marché de niche. On n’avait pas la réflexion de se dire qu’un jeu qu’on adore pourrait ne pas intéresser les autres, on ne comprenait pas pourquoi.
Strascendance a un design particulier, tout le monde n’apprécie pas son graphisme, c’est aussi le risque de faire quelque chose qui tranche.
Au fur et à mesure de nos pérégrinations, on a de plus en plus pris conscience de ça. On l’accepte mieux, on le prend plus en compte sur les jeux sur lesquels on travaille. Il ne faut pas qu’il y trop cet « élitisme du jeu ». Les gens sont complément dans le droit de ne pas connaître.
Du coup, il y a toujours ce côté imprévisible lors de la sortie d’un jeu : choisir le bon moment, avoir les bonnes personnes qui relaient. Donc, on ne peut pas prévoir comment les gens vont le recevoir. 

Les gens ont forgé leur expérience et leur socle culturel avec tout qu’ils ont pu consommer de films, d’œuvres littéraires, de œuvres graphiques, etc. Ils se construisent leur propre culture et du coup n’a pas la même lecture des choses.

Un coup de gueule sur les jeux, un truc qui te déplaît ?

Attention à ne pas juste restreindre le jeu aux gens qui s’y connaissent dans le jeu de société.
Il faut que ça s’ouvre plus pour que les gens soit plus intéressés,  pour que ça ne soit plus une niche mais plus quelque chose de Société !
Aujourd’hui, il y a une distinction entre les jeux de société vendus en supermarché et en boutique de jeux spécialisés, c’est là qu’il y a un fossé.

En gros, la communauté dont on fait partie peut parfois, sans s’en rendre compte, aller à l’encontre de l’ouverture d’esprit des autres qui ne sont pas dans le milieu.
Il y encore ce côté un peu élitiste qui définit par  « Ou est-ce qu’un vrai jeu de société peut se vendre. » : si ça se vend pas en boutique spécialisée, ce n’est pas un vrai jeu. Il y a un peu cette situation tout de même.

Par ailleurs, certains ne s’intéressent pas aux jeux parce que ce qu’ils pensent que c’est quelque chose de très fermé. Ils n’ont pas envie de jouer en se prenant la tête, d’être perdu avec toutes les règles ou encore carrément, la peur de perdre, d’être ridicule.
C’est un truc qui revient souvent, cet aspect de paraitre ridicule, de ne pas paraitre intelligent. Il y a une mise en avant d’une pseudo capacité intellectuelle dans le jeu. Et c’est dommage.

Un quiz … ça vous tente ?

Sleeve ou pas ?

Non, on sleeve pas
on sleeve que nos proto dégueulasses.

Dés ou cartes ?
Cartes !

Ketchup ou mayo ?
Mayo mayo !

Bretzel ou flammekueche ?
On ne mange pas de bretzels, flammekueche !

Une chanson?
city of stars dans Lalaland

Un film ?

Lalaland ! Non, Barry Lindon et Jurrassic Park.

Un proverbe ?
Luc : on ne peut pas tromper mille fois une personne… non c pas ça…

Maria : Moi j’aime bien les expressions espagnoles qui n’ont aucun sens en français comme T’es con comme une chèvre.

Un Hôtel ?

Sinon, y a-t-il une question que je ne vous ai pas posé que vous auriez aimé que je vous pose ?

Non

C’est que j’ai bien fait mon job !

 
Rédigé par
Autres articles de Jude_Maw

Les brèves sur mesure de Maitre Ethalon

(Car nous aussi, nous avons un avocat !) On va commencer doucement...
Read More